vendredi , 15 décembre 2017
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Au terme de plusieurs rencontres et de longues discussions, Christine et Yves ont finalement accepté l’offre d’achat d’Yves Bergeron, qui était intéressé depuis longtemps à se porter acquéreur du terrain.
Fermeture du restaurant 4 Chemins

Une page pleine d'histoires se tourne

Jeudi matin 11 h 30. Il fait un soleil de plomb à Jonquière. À l’intérieur du restaurant 4 Chemins sur le boulevard Harvey, toutefois, le temps est un peu plus gris. Après 22 années de service, ce restaurant mythique du paysage jonquiérois sera bientôt réduit en poussière pour laisser place à un autre bâtiment. Une situation difficile à accepter pour le propriétaire Yves Villeneuve et sa femme Christine Côté.

À l’entrée du restaurant, cinq femmes – toutes des brigadières – prennent leur café matinal en discutant. Chaque matin, elles arrivent au restaurant à 8 h et quittent le restaurant à 11 h pour aller travailler. Une scène fréquente, ici, au 4 Chemins, dont la mission première a toujours été de rassembler les gens dans un esprit familial. «Ce n’était pas seulement un endroit pour prendre un coup. C’était avant tout un lieu pour socialiser et c’est ça qui était beau», constate M. Villeneuve, avant de saluer sa conjointe qui vient d’entrer dans le restaurant.

Après 22 années de service, le restaurant 4 Chemins sera bientôt réduit en poussière pour laisser place à un autre bâtiment.

En couple depuis 45 ans, Yves et Christine ont investi tout leur temps et leur énergie dans cet établissement qu’ils verront disparaître sous peu. Les Entreprises Yvon-Marie Bergeron vont prendre officiellement possession du restaurant le 30 octobre prochain afin d’y construire un édifice commercial.

«Les affaires vont très très bien», dit M. Villeneuve d’un ton rassurant. Toutefois, après un accident cardio-vasculaire et plusieurs infarctus, M. Villeneuve n’a tout simplement plus l’énergie pour s’occuper du 4 Chemins.

«On est un peu au bout du rouleau », admet-il.

Au terme de plusieurs rencontres et de longues discussions, Christine et Yves ont finalement accepté l’offre d’achat d’Yves Bergeron, qui était intéressé depuis longtemps à se porter acquéreur du terrain. «C’est un deuil à faire. Je crois que ça va être plus difficile pour moi que pour Yves», admet Christine, qui semble encore ébranlée par la situation. Cependant, Yves et Christine ne veulent pas s’apitoyer sur leur sort. Ils comptent notamment profiter de leur retraite pour se reposer, eux qui n’ont pas pris de vacances en 22 ans.

Le Carnaval du 4

Ce qui manquera le plus à Yves est sans contredit le Carnaval du 4. Chaque hiver, de janvier à février, les gens de Saguenay se réunissaient au restaurant dans le but de participer à diverses activités. Danse, karaoké, animation : tout y était dans le but d’offrir un lieu de rassemblement aux Saguenéens en période hivernale. C’est aussi durant cette période qu’Yves et Christine préparaient des tourtières, des fèves au lard et du ragoût sur le vieux poêle à bois du restaurant. «Il n’y aura plus de carnaval à Saguenay. Ces activités-là vont s’en aller et je trouve ça dommage pour les gens, mais pour la ville également», déplore Yves.

Une cliente fidèle dans la soixantaine, assise à la table d’à côté, partage le même sentiment. «Il y avait beaucoup d’ambiance durant le carnaval, mais bon, on doit tourner la page un jour», commente-t-elle d’un air résigné.

Déception chez les employés

La fermeture du 4 Chemins est une nouvelle préoccupante pour tous les employés, qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi. C’est la situation à laquelle Gina, serveuse depuis 17 ans, est confrontée. «J’ai de la difficulté à parler de ça, mentionne-t-elle la gorge nouée. Ce n’est pas seulement le travail qui va me manquer, mais surtout les gens qui fréquentent l’endroit.»

Le 4 Chemins ne fera bientôt plus partie du décor du boulevard Harvey, mais selon Yves et Christine, les moments qui y sont rattachés resteront à jamais gravés dans la mémoire des Saguenéens.

«Un jour, on a marié M. Tremblay et Mme Berthe qui étaient ensemble depuis 18 ans. Un juge de paix est venu et on a fait la cérémonie dans le restaurant!», se remémore Yves, le sourire aux lèvres. En 2010, c’était au tour de Christine et Yves de célébrer leurs noces dans le restaurant. Une façon symbolique de commémorer un amour qui a été rendu possible – en quelque sorte – par le 4 Chemins. «Si tu regardes le restaurant, c’est notre personnalité à moi et ma conjointe que tu peux voir», image Yves.

«Je pense qu’on a fait une belle réussite. Crois-moi, il n’y aura jamais un restaurant comme le nôtre à Jonquière», ajoute Yves en regardant Christine, serein de passer à une autre étape.

À propos de François Gionet

Cadet de la cohorte 2015-2018 en journalisme, François a grandi dans la magnifique banlieue ferroviaire de Charny sur la Rive-Sud de Québec. Véritable boute-en-train dès son plus jeune âge, François s’est attiré la foudre de plusieurs enseignants par son incapacité à se taire au bon moment, au bon endroit. François semblait donc déjà destiné à une carrière en communication. C’est lors de ses études secondaires au Juvénat-Notre-Dame que François s’intéresse au milieu des arts. Musique, théâtre, cinéma et littérature : ce jeune homme expérimente tous les domaines, tout en développant un intérêt pour l’écriture, intérêt qui le mènera d’ailleurs à écrire pour le journal étudiant de l’école durant deux ans. À l’extérieur des murs scolaires, François joue à la position de défenseur pour l’équipe de hockey de son quartier, avant d’accrocher ses patins – pour de bon – en 2015. Même s’il n’est pas certain de son avenir dans le milieu journalistique, François a la profonde conviction qu’il travaillera dans un domaine où il pourra « changer les choses pour le mieux », principe qui semble plus que nécessaire, aujourd’hui, en 2017.

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