vendredi , 15 décembre 2017
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Danik Sylvain pratique le dumpstering depuis deux ans. Pour lui, le dumpstering est «un devoir de citoyen».
Dumpster diving

Plonger pour récupérer

Il souffle un vent froid à Jonquière en cette soirée du mois d’octobre. Or, ce sont d’excellentes conditions pour Danik Sylvain et Thomas Stanic, deux dumpster divers (plongeurs de benne à ordures), avec qui je passerai la soirée à fouiller dans les ordures des commerces de Jonquière afin de récupérer des aliments jetés et gaspillés. Compte-rendu de mon parcours nocturne avec deux jeunes qui essaient, à leur façon, de sauver le monde.

C’est au coin de La Fabrique et du Roi que Danik et Thomas me donnent rendez-vous pour les accompagner dans leur périple. Ils sont vêtus sensiblement de la même manière: grosses bottes noires de cuir aux pieds et une chemise carreautée en-dessous d’une veste. Danik et Thomas ont commencé à pratiquer le dumpstering il y a environ deux ans, à Trois-Rivières, alors qu’ils étaient à la même école secondaire. «Un de nos amis en commun nous a présentés et on a commencé à en faire. Au début, on voulait ramasser le plus de nourriture possible et ensuite la partager avec les autres. C’est le même objectif aujourd’hui», explique Danik, étudiant en production télévisuelle.

Après quelques minutes à discuter, on se dirige vers notre première destination: le Metro de la Rue Saint-Hubert. La benne à ordures à l’arrière du supermarché est fermement cadenassée, au grand dam de Danik et de Thomas, qui ne peuvent y trouver de la nourriture. Toutefois, à quelques mètres de là se trouve un Tim Hortons, où les deux chasseurs réussissent à mettre la main sur un sac rempli de beignets.

La soirée est bel et bien lancée.

Entre deux bennes à ordures, les gars me parlent des motivations qui les ont menés à pratiquer le dumpster diving. Au-delà de certains problèmes financiers, c’est avant tout par conscience écologique que Danik et Thomas se salissent les mains au quotidien. «C’est un peu du contre-capitalisme. Il y a tellement de gaspillage [alimentaire] qui se fait actuellement que c’était difficile pour moi de rester indifférent», me dit Thomas, âgé de 17 ans. «Pour moi, c’est un devoir de citoyen», ajoute Danik.

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Chaque année, près de 30 milliards $ de nourriture sont gaspillés au Canada. Une statistique paradoxale, alors que des milliers de Canadiens et Canadiennes n’ont pas assez à manger. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’échappe pas à cette problématique. Selon une récente étude du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la région (CIUSS), près de 29 000 adultes – soit 13 % de la population – disent avoir déjà vécu au moins une fois de l’insécurité alimentaire au cours de la dernière année.

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Le troisième endroit qui nous attend : le Burger King du Boulevard Harvey. C’est une première visite à cet établissement pour Danik et Thomas, mais la récolte est plutôt bonne. Frites, croquettes et boulettes de steak haché encore chaudes. Les deux comparses trouvent tout ce qu’ils ont besoin. D’ailleurs, Danik a déjà comme plan de préparer de la sauce à spaghetti avec le steak haché.

Sont-ils parfois inquiets de la qualité des produits qu’ils récupèrent dans les poubelles ? «Au début, ça m’inquiétait un peu. J’avais entendu une histoire comme quoi une fille était morte en consommant des saucisses qui avaient été décongelées, raconte Danik, dégouté. Par contre, je n’ai jamais été malade et je suis rendu avec un excellent système digestif.»

Il faut dire que les deux plongeurs à poubelles ne sont pas dédaigneux une seconde. Ils plongent sans gants – et surtout sans hésiter – dans les déchets, à la recherche des meilleurs produits gaspillés par les commerces. «Ce n’est pas si difficile que ça. L’été, les odeurs sont souvent infectes en raison de l’humidité, tandis que l’hiver, le froid neutralise les odeurs», commente Thomas.

On se dirige par la suite vers un restaurant Subway, véritable pépinière pour les dumpster divers, me révèlent Danik et Thomas. Ce soir ne fait pas exception: à travers les sacs, les gars tombent sur une quinzaine de pains à sous-marins, encore frais. «Ça va faire de bonnes tortillas», dit Danik, sourire au coin des lèvres.

Au chemin du retour, boîtes de nourriture récupérée à la main, on se fait interpeller par une voiture de police (semble-t-il que quelqu’un nous aurait aperçus au Tim Hortons en train de fouiller dans les poubelles…). La policière demande nos cartes d’identité; j’ai les miennes, Danik et Thomas ne les ont pas. Rien de trop grave, heureusement, simplement une vérification habituelle, nous dit-elle. L’auto-patrouille repart.

Après salutations, je laisse Danik et Thomas fouiller dans les poubelles du Couche-Tard et je quitte vers mon appartement les mains vides. Contrairement à moi, Danik et Thomas, eux, quitteront les mains pleines de produits qui rempliront leur frigo et leurs étagères pour la semaine.

À propos de François Gionet

Cadet de la cohorte 2015-2018 en journalisme, François a grandi dans la magnifique banlieue ferroviaire de Charny sur la Rive-Sud de Québec. Véritable boute-en-train dès son plus jeune âge, François s’est attiré la foudre de plusieurs enseignants par son incapacité à se taire au bon moment, au bon endroit. François semblait donc déjà destiné à une carrière en communication. C’est lors de ses études secondaires au Juvénat-Notre-Dame que François s’intéresse au milieu des arts. Musique, théâtre, cinéma et littérature : ce jeune homme expérimente tous les domaines, tout en développant un intérêt pour l’écriture, intérêt qui le mènera d’ailleurs à écrire pour le journal étudiant de l’école durant deux ans. À l’extérieur des murs scolaires, François joue à la position de défenseur pour l’équipe de hockey de son quartier, avant d’accrocher ses patins – pour de bon – en 2015. Même s’il n’est pas certain de son avenir dans le milieu journalistique, François a la profonde conviction qu’il travaillera dans un domaine où il pourra « changer les choses pour le mieux », principe qui semble plus que nécessaire, aujourd’hui, en 2017.

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