mercredi , 21 février 2018
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De vêtement usagé à prêt-à-reporter

C’est l’hiver. L’Anse-Saint-Jean est enseveli sous la neige. Dans le petit atelier de la Coop Minuit moins 5, les couturières, entre deux tempêtes, redonnent vie à de vieux vêtements. C’est à travers des piles de tissus du sol au plafond qu’elles découpent, cousent et repassent leurs créations.

Elles sont trois à travailler dans leur nouvelle entreprise située au centre communautaire La Petite École. Dans un local chaleureux et vivant, les jeunes adultes ambitieuses se réunissent six jours par semaine pour transformer de vieux vêtements et en concevoir de nouveaux, qu’elles vendent en ligne.

«Notre but en créant la coop était vraiment de promouvoir la récupération, explique l’une des artisanes, Marielle Huard. On veut inciter les gens à développer une certaine conscience écologique et à leur faire prendre conscience de ce qu’ils consomment.»

Bien que divers organismes sensibilisent la population depuis un bon moment au recyclage et aux enjeux environnementaux, le gaspillage des matières textiles est passé sous silence, estime Mme Huard. Pourtant, par leurs matériaux, le transport et la surconsommation, les vêtements représenteraient la deuxième industrie la plus polluante au monde, tout juste derrière le pétrole.

Selon une étude de RECYC-QUÉBEC, chaque Québécois jetterait neuf kilos de textile par année. «Les jeans sont l’un des morceaux les plus populaires, et malheureusement, parmi les plus néfastes pour l’environnement», s’indigne Pascale Boudreault, la femme à tout faire de l’atelier.

Dans la pièce, il y a des tissus pour tous les goûts. Certains ont été dénichés en friperie, alors que d’autres sont des invendus de certains magasins de couture. Une chose est certaine: elles ne manquent pas de matériel pour satisfaire leur créativité. Au contraire, elles n’arrivent pas à transformer toutes les fripes délaissées par les Saguenéens.

«Dans plusieurs friperies, ils ont un trop gros volume de vêtements alors ils doivent en jeter, souligne Marielle. Il n’y a pas de centre de récupération de vêtements au Saguenay, alors les surplus sont difficiles à gérer.»

Comme on caractérise la mode de passagère, les pièces favorites des Québécois se retrouvent rapidement aux oubliettes. Pourtant, la plupart est réutilisable. «On trouve des vêtements de très bonne qualité, souvent très peu usés. La coupe est désuète? Ce n’est pas grave, on remet à neuf», s’enthousiasme Julie-Vanessa Tremblay.

 

Les «folles aux friperies», comme elles se surnomment, sont convaincues que la mode zéro déchet, étant bien établie à Montréal, commence à se populariser au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les employés de la Maison de quartier, située à Jonquière, sont à même de le constater. «Il y a beaucoup de jeunes qui viennent ici, précise Lily Girard, qui y travaille depuis 18 ans. Depuis la dernière décennie, il y a une plus grande clientèle, et elle est plus diversifiée. La conscientisation sur le recyclage depuis les dernières années a beaucoup aidé.»

Cependant, encore aujourd’hui, nombreux sont les gens qui ne se sentent pas interpellés par les impacts environnementaux. «Certains clients ne se soucient pas du tout du fait que ce soit de la récupération, affirme Julie-Vanessa. Ils achètent le produit parce qu’il le trouve beau. C’est gratifiant de rejoindre ces gens-là parce qu’ils auraient consommé du neuf.»

En dehors du point de vue écologique, fabriquer des vêtements à partir de vieilleries comporte son lot d’avantages. «C’est créatif, chaque morceau est différent. En région, on n’a pas tellement de magasins, alors c’est l’fun d’avoir des vêtements uniques et conçus ici. Il y a une histoire derrière chaque création et c’est amusant à raconter», explique Marielle. «Parfois, on tombe sur des morceaux avec des motifs assez spéciaux. On se demande qui voudra acheter ça, on rigole un bon coup et on fait ce qu’on appelle de ‘’l’humour vestimentaire’’. Mais au final, le produit est unique et plait à quelqu’un», renchérit Julie-Vanessa en riant.

Pour certaines, en plus de réduire leur empreinte écologique, la couture s’avère être une solution économique et tendance. «Coudre me permet de faire des réparations ou des retouches, confie Jeanne Dorris, une étudiante qui pratique cet art depuis cinq ans. Ça m’arrive souvent de modifier des vêtements que j’achète dans les friperies pour leur donner une touche personnelle. Les quantités de vêtements jetés sont énormes. C’est décevant, il y a tellement de façons de leur redonner une nouvelle vie.»

Un jeudi après-midi «causerie»

Entre les fous rires et les discussions sur les enjeux environnementaux, les ouvrières, toutes les trois originaires de la région sont très productives. Marielle taille des doublures pour des mitaines, Pascale est armée de son fer à repasser et Julie-Vanessa s’assure de l’harmonisation des textures et des motifs pour l’assemblage. «Ça devient un mode de vie. On apprend à vivre différemment au quotidien en développant des initiatives intéressantes. L’environnement fait partie de nos valeurs et on veut transmettre notre vision aux gens», fait valoir Pascale.

À propos de Gabrielle Bartkowiak

Onze déménagements, 8 villes, 6 régions et une jeune étudiante au nom exotique égarée en sol saguenéen pour les études collégiales. St-Eustachoise de naissance, Chibougamoise de cœur et Abitibienne à ses heures, Gabrielle prend plaisir à toujours être en mouvement. Elle a d’ailleurs développé très jeune la manie de s’embarquer dans n’importe quel projet sportif ou culturel. Si elle n’est pas en train de planter des arbres à la Baie-james ou en classe à apprendre les rudiments des communications, elle est certainement en train de rire un peu trop fort de tout et de rien avec ses amis. Même si on la décrit comme étant un peu bizarre, elle adore se défendre en disant qu’elle aime ce qui sort de l’ordinaire. Attachée à la langue française, amoureuse des gens, touche-à-tout et un peu trop curieuse, Gabrielle est depuis longtemps intéressée par le journalisme. Même si dans sa tête, les idées, les rêves et les projets se bousculent sans cesse, vous la reverrez très certainement, après l’université, exercer un métier qui la passionne.

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