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Quand le jeûne va, tout va !

Louangé par les uns, honni par les autres, le jeûne attise la curiosité. Certains tentent l’expérience pour une meilleure santé, d’autres pour le défi . C’est le cas de Samuel Lord. Le 31 décembre dernier, ce jeune homme de 22 ans a décidé d’entamer son premier jeûne. Son objectif: cesser de manger pendant une semaine complète. Au cours de ces sept jours, il a traversé toutes les étapes, parfois difficiles, de cette petite aventure.

Il ne s’agissait pas là d’une nouvelle fantaisie passagère pour Samuel. Il désirait affronter un défi personnel, réaliser une action claire pour son bien-être personnel. «La nourriture est à la base de notre vie. Le jeûne permet d’avoir un recul face à ce besoin vital. Tout à coup, il devient secondaire, il avait désormais une importance rela-tive. J’avais ainsi la conscience légère, car j’étais en contrôle de ma faim et je pouvais l’ob-server», raconte Samuel.

Avec une prudence doublée de curiosité scientifi que, Samuel s’est mis à lire tout ce qui se publiait sur le jeûne. Il a par la suite commencé sa préparation lors du temps des Fêtes en diminuant graduellement la quantité de nourriture dans son assiette. «Les premières journées, je lisais beaucoup puis c’est rapidement devenu difficile de se concentrer sur les mots. Ensuite, je me suis mis à écouter la télévision. Je bougeais peu», raconte Samuel.

Le 7 janvier à midi, Samuel a pris sa première gorgée de jus, mais dilué. «C’était comme du sirop d’érable tellement le goût était fort. Mes papilles gustatives se réveil-laient tranquillement. Mon corps se réveillait. Je sentais mon système digestif reprendre tel un engrenage», révèle-t-il. Il existe divers types de jeûne. Certains pratiquent un jeûne prolongé. Ils ne consomment alors que peu de calories pendant de nombreux jours, seulement quelques litres d’eau.

Aujourd’hui Samuel pratique le jeûne intermittent. Lors d’une journée, il s’alimente pendant 8 heures et jeûne pendant une période de 16 heures. La durée et la fréquence de ce type de jeûne peut varier énormément.

21 jours de jeûne

Pierre St-André pratique aussi le jeûne, et ce, depuis plusieurs années. L’été dernier, lors de ses vacances, il a poussé le régime jusqu’à sa limite, en cessant de manger pendant 21 jours consé-cutifs. L’alimentation de cet animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire à la Commission scolaire De La Jonquière consistait uniquement de jus dilué avec de l’eau.

Au contraire de Samuel, M. St-André ne voit pas le jeûne comme un défi , mais plutôt comme une démarche inté-rieure. « Lors d’un jeûne, il est nécessaire d’écouter son corps et de connaître ses limites et surtout de savoir quand s’ar-rêter», soutient-il.

Autodidacte, il a aussi appris les bases du jeûne sur le Web. Auparavant, il avait tenté l’expérience pendant de plus courtes périodes. Tout au long de son aventure, il sortait fréquemment de son domicile. Il marchait et pédalait. Au cours de la dernière semaine, il a par ailleurs parcouru 20 kilomètres de vélo.

Lorsqu’il a recommencé à s’alimenter, il a vécu un sentiment de perte. «Quand on termine un jeûne, on entre dans une forme de deuil, car notre corps s’est habitué à cette liberté où il n’est aucunement sollicité par la digestion. De plus, l’alimentation représente une partie majeure de notre quotidien que ce soit aller à l’épicerie ou cuisiner. Tout ce temps, je l’avais pour moi-même», déclare l’animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire. Après cette aventure, ce dernier a considérablement diminué sa quantité de nourriture au quotidien. Il écoute son corps et ses besoins.

Bon pour la santé ?

Le jeûne ne date pas d’hier et est pratiqué au sein de nombreuses cultures. Il y a plus de 2000 ans, Platon et Socrate vantaient les mérites du jeûne pour augmenter les capacités mentales. Durant la période du ramadan, les croyants musulmans s’abstiennent de manger, de boire et d’avoir des relations sexuelles durant le jour. Du mercredi des Cendres au dimanche de Pâques en excluant les dimanches, les chrétiens consacrent chaque année 40 jours au jeûne.

En 1997, un éditorial dans un journal médical anglais publie que le corps peut s’adapter et survivre sans nourriture pour environ 30 à 40 jours. Au fil de l’histoire, l’humain a d’ailleurs survécu à de grandes famines. Il doit toutefois s’hydrater en tout temps. Le plus long jeûne connu a été fait par Terence Macwiney, un prisonnier irlandais. Il est mort en octobre 1920 après 74 jours de jeûne en prison.

Pour l’instant, les bienfaits du jeûne ont surtout été démon-trés sur des animaux. Chez les humains, les études effectuées couvrent une période de six mois ou moins, ce qui ne convainc pas encore tout à fait les scientifiques, puisqu’on ne peut pas extrapoler ces résultats sur une vie entière d’après le nutritionniste québécois Bernard Lavallée.

Pour le professeur honoraire à la Faculté de médecine de Strasbourg, Jean-Louis Schliner, le jeûne intermittent ou intégral semble amener un état de santé optimal et retarder les maladies chroniques métaboliques et dégénératives. Ces vertus avaient déjà été décrites dans le cadre d’une restriction modérée, et ne font que souligner les méfaits bien connus d’une alimentation hypercalorique.

Par contre, le métabolisme de base peut être affecté. Selon le Centre de référence de l’Université de Montréal Extenso, le jeûne prolongé provoque la dégradation des graisses, ce qui résulte en la production de substances toxiques (corps cétoniques). Ces déchets peuvent entraîner des conséquences graves sur la santé, sans parler des effets secondaires comme les nausées, la lassitude, les chutes de la pression artérielle et les anomalies du rythme cardiaque. «Avant d’entamer un jeûne, peu importe la motivation, il est nécessaire de se demander si on souhaite réellement le faire et surtout d’écouter son corps tout au long du processus», conclut Pierre St-André.

Samuel Lord a fait son premier jeûne en
janvier dernier. Il a cessé de manger pendant
une semaine complète.

À propos de Simone Pilote

Fière Saguenéenne, Simone Pilote aspire depuis son enfance à faire carrière dans le domaine des communications. Ses champs d’intérêt sont la politique provinciale, les enjeux culturels à l’échelle du pays et les questions environnementales. En dehors de l’enceinte du Cégep, Simone bouge : le volleyball, la course, le vélo ou la natation... Férue de plein air, Simone séjourne chaque été depuis 11 ans dans un camp de vacances dédié à la randonnée pédestre dans les Appalaches. Elle considère d’ailleurs ce lieu comme sa deuxième maison, y travaillant comme monitrice auprès des jeunes depuis 2014. Après sa technique, elle souhaite poursuivre ses études à l’université. Au cours des prochaines années, elle désire voyager, perfectionner son espagnol et effectuer des piges à l’étranger tout en élargissant son champ d’horizon.

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