dimanche , 21 octobre 2018
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Retrouver ses racines grâce à la loi 113

«On aura beau être élevé par la plus belle famille adoptive du monde, il y a un morceau de casse-tête qui manque: nos origines. Maintenant, avec la loi 113, on va pouvoir savoir d’où on vient», souligne fièrement la présidente et coordonnatrice du Mouvement Retrouvailles, Caroline Fortin.

Depuis plus de 20 ans, Caroline Fortin travaille pour le Mouvement Retrouvailles, un des seuls organismes à but non lucratif au Québec qui aident et soutiennent les personnes adoptées, les parents adoptifs ainsi que les parents ayant mis leur enfant en adoption dans leurs démarches de retrouvailles.

Le Mouvement Retrouvailles a travaillé d’arrache-pied et a incité le gouvernement du Québec pendant plusieurs années à mettre en vigueur la loi provinciale 113, qui, depuis son adoption en juin dernier, permet aux 300 000 personnes adoptées et orphelins de la province de connaître le nom de leurs parents biologiques plus facilement et plus rapidement qu’auparavant. Dès la première semaine, plus de 6000 personnes ont déposé une demande, toutes impatientes de connaître l’identité de leurs proches.

Ayant grandi dans une famille adoptive, Caroline Fortin voit la loi 113 comme une certaine libération. «Maintenant qu’on sait d’où l’on vient, on va pouvoir se sentir complet», admet-elle.

Cependant, les personnes adoptées doivent attendre encore un an avant d’avoir accès aux informations. Les parents biologiques ont la possibilité de refuser de dévoiler leur identité, mais s’il n’y a pas de refus en juin 2019, les informations peuvent être remises à la personne. Si les parents sont décédés, l’accès à l’information se fait directement.

Avant cette loi, les démarches de demande d’accès à l’information étaient complexes et pouvaient s’étendre sur plusieurs années avant d’obtenir quelconque renseignement sur ses origines. Ce délai était parfois suffisant pour démotiver certaines personnes à entamer des démarches malgré la grande envie qui les habitait de connaître leurs racines.

Par contre, cette loi n’est pas nécessairement utile pour tout le monde.

C’est le cas de Ginette Dumas, qui, malgré la loi 113, n’est pas du tout intéressée à savoir qui sont ses parents biologiques. Âgée de 57 ans, Ginette a été prise sous les ailes de ses parents adoptifs à l’âge de trois mois. Elle considère que sa famille adoptive lui a donné tout l’amour et le confort dont elle souhaitait et ne ressent en aucun cas le besoin de connaître ses «vrais» parents.

«C’est comme si, à quelque part, je ne crois pas au fait que ce ne sont pas mes parents adoptifs qui m’ont faite. Pour moi, ce sont eux mes véritables parents», soutient Ginette. Toute sa vie, elle a grandi dans cette famille qu’elle adore au côté de sa sœur adoptive Martine Dumas, qui, elle aussi, a été adoptée au même âge. Les deux sœurs ne partagent toutefois pas le même point de vue sur la question.

Pour Martine Dumas, le désir de comprendre la raison de sa mise en adoption lui a longtemps hanté l’esprit. «J’ai toujours eu un sentiment d’abandon en moi. Je m’étais fait abandonner et je voulais savoir pourquoi», souligne-t-elle.

Partir l’alarme d’incendie à son école secondaire pour manquer les cours, mettre le feu aux cassiers, fuguer de la maison ou encore consommer de la drogue… Martine décrit sa vie de jeunesse comme ayant été «délinquante».

Martine affirme que ce comportement a été déclenché en partie par son adoption «J’ai eu la meilleure famille au monde, mais il y avait quelque chose en moi qui manquait quand même», confie-t-elle.

Treize ans se sont écoulés depuis le jour où Martine a pris son courage à deux mains pour retracer sa mère biologique, et ce, bien avant que la loi 113 n’entre en vigueur. Elle était au courant de la complexité des démarches, mais elles se sont assez bien déroulées puisque sa mère avait aussi fait, de son côté, une demande pour tenter de la retrouver. «J’ai été chanceuse parce que sans la loi qui existait à l’époque, j’aurais pu attendre bien plus longtemps», dit-elle.

Son but premier n’était pas d’avoir une relation avec sa mère biologique, mais plutôt de recevoir des explications sur son adoption et ses origines. «Lors du premier contact avec ma mère, j’ai été très claire sur notre relation. Je lui ai dit que ma vraie mère, ça restera toujours ma mère adoptive, même si on s’est retrouvées». Présentement, Martine a toujours contact avec sa mère. Elles s’appellent régulièrement pour prendre de leurs nouvelles. «Cette rencontre m’a permis de boucler la boucle avec moi-même. Je me sens beaucoup mieux aujourd’hui», admet-elle.

Tous n’ont pas eu la même chance que Martine Dumas, mais selon Caroline Fortin, la loi 113 a permis de créer un vent d’espoir pour les milliers de personnes adoptées qui, sans cette loi, n’auraient pas eu le courage de débuter les recherches. «C’est difficile pour nous de faire comprendre à une personne non adoptée ce qu’on ressent… On n’aura plus de vide maintenant», conclut-elle.

À propos de Fany Michaud

Originaire de Lévis, Fany est une jeune fille qui ne recule devant rien. Grande passionnée de la communication et véritable mordue du monde des arts et spectacles, Fany décida à l'âge de 17 ans de quitter le foyer familial pour venir s'installer à Jonquière. Ayant un fort intérêt pour la culture, il n'est pas surprenant de la retrouver au musée ou au théâtre régulièrement. Malgré son petit penchant pour la culture, elle s'intéresse tout de même à tout ce qui touche le monde journalistique que ce soit de l'actualité, de l'histoire ou de la politique. Avec un bagage rempli d'expérience, sa sociabilité et sa forte personnalité, elle n'hésite pas à s'ouvrir sur le monde pour en apprendre un peu plus de jours en jours. Dotée d'une grande curiosité, Fany est prête à relever n'importe quels défis pouvant la faire grandir dans sa future carrière. Que ce soit pour être chroniqueuse culturelle ou critique, Fany ne ferme pas les portes aux occasions qui se présentent à elle.

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